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Un être extraordinaire,
un grand philosophe...
Pierre Séguin
fait
la narration de la vie de
l'artiste et de son oeuvre immense.
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La période 1950 à 1960
(5e partie)
Zadorozny
reçoit son diplôme du School of Art & Design de l’Art Association of
Montreal le 9 Avril 1949. À cette époque, le président de l’Art
Association est M. Tranchemontagne et le principal de l’école, nul autre
que Arthur Lismer, figure emblématique du Groupe des Sept. Tous les deux
ont apposé leur signature sur le diplôme de Zadorozny. De là part une
époque de grande production.
Premièrement notre
artiste délaisse peu à peu la peinture à l’huile sur toile pour
s’adonner plutôt à la technique mixte sur papier. Déjà à cette époque ce
n’était pas banal. En effet, il fallait un certain culot pour délaisser
un médium « sûr » pour un autre moins recherché. Zadorozny ne cherchait
pas à plaire mais il voulait plutôt produire une œuvre qui lui
ressemblait, une oeuvre spontanée, fougueuse, vraie. Pour lui, la
peinture à l’huile demandait une manipulation trop exigeante. Les temps
de séchage étaient trop longs. Les toiles ou les supports rigides
étaient plus difficiles à manipuler. Les coûts du matériel beaucoup plus
élevés. À cette époque, Zadorozny n’avait aucun revenu provenant d’un
emploi rémunéré. Bien sûr on le voit au Musée faire l’accrochage
d’œuvres. Il prête main forte au conservateur et aux commissaires
d’expositions, mais son nom ne figure pas sur la liste de paie de
l’institution. Ce travail, il le fait bénévolement, par passion, par
amour de l’art et pour être près des œuvres des grands maîtres.
À cette époque, le Musée
a reçu plusieurs dons et legs de familles importantes de Montréal. Entre
autres, en 1955, un legs de Horsley et Annie Townsend permet au Musée
de disposer d’un fonds d’acquisition substantiel qu’il peut utiliser
pour l’achat d’œuvres canadiennes ou étrangères. D’autres fonds
proviennent des nouveaux magnats de l’industrie, tels Joseph-Arthur
Simard, qui offre au Musée, en 1959, une remarquable collection de 3 000
boîtes d’encens japonaises ayant appartenues à l’homme d’état français
Georges Clémenceau. Zadorozny veut être aux premières loges quand
arrivent les nouvelles œuvres au Musée. Il veut être le premier à voir
ces trésors qui ne font que stimuler sa fibre artistique. Toutes ces
œuvres sont pour lui une source d’inspiration inestimable.
Mais à l’instar de ses
contemporains, il ne peut pas vivre que d’amour et d’eau fraîche. Ses
œuvres aussi grandes et belles soient-elles ne suffisent pas à subvenir
aux besoins d’une jeune famille. C’est alors qu’un industriel assidu aux
différentes activités mondaines du Musée où notre artiste travaille
bénévolement remarque cet homme élégant et fier et lui offre un travail
de peintre en bâtiment à son usine. Je suis convaincu que ce n’est pas
de gaieté de cœur que Zadorozny accepte ce boulot. Par contre, cela lui
procurera un revenu hebdomadaire.
Mais ce travail
n’empêche pas l’artiste d’être artiste. À tous les jours, Zadorozny
dessine des croquis. Ses nombreux calepins et cahiers, qu’il conservera
toute sa vie, nous le prouvent. Une fois les croquis faits, il pourra
peindre une ou deux œuvres complètes par jour. C’est pour cette raison
qu’il avait quitté l’huile. Il veut rapidement voir l’œuvre finale.
C’est un être impatient et impulsif. Sa fougue, on la ressent dans les
œuvres de cette époque. Comme Marc-Aurèle Fortin, il utilise des médiums
qui sont facilement transportables : encre, pastels, fusain, aquarelle.
Il peut produire sur presque n’importe quel support, presque n’importe
où. Est-ce aussi Fortin qui influence sa technique de l’aquarelle sur le
papier sec et cette touche impressionniste? On ne le saura jamais.
En haut
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Nadia asleep
datée Nov 26, 58, 24"x18"

Mount Royal
Park Montreal June 28, 1959
%20Huile%20sur%20toile.jpg)
Sans titre,
datée 1-25-50

Hôtel de
ville de Montréal August 4, 1968 |
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Ma rencontre avec un grand artiste...
quel coup de coeur !
Mon frère était un grand artiste
(1re partie)
Un jour, il y
a de cela sept ou huit ans, se présentent à la galerie, qui était alors
située sur le boulevard Perrot, donc se présentent un avocat et sa dame
avec quelques tableaux pour en demander une évaluation.
Au fil de la
conversation nous réalisons que mon père qui était registraire au greffe
des faillites à Montréal connaissait bien cet avocat et son associé et
qu’ils avaient des amis en commun. Comme le monde est petit.
Alors
continuant nos affaires sa dame me dit « mon frère était un grand
artiste, il vient tout juste de mourir, son nom est Andreï Zadorozny, le
connaissez vous ? » Je vous avoue que dans ce métier plusieurs personnes
connaissent un grand artiste qui est soit un proche, un frère, une
soeur, un oncle, une tante et j’en passe. Poliment je réponds que non je
ne le connais pas. Aussitôt elle me demande si j’accepterais de regarder
quelques peintures ? « Vous savez mon frère était un grand
aquarelliste ».
Je dois
admettre
ici qu’à cette époque mon attirance pour ce médium était plutôt mitigé,
mais comme je ne refuse jamais de voir un dossier d’artiste, (le
prochain Picasso se trouve quelque part) je lui mentionne que cela me
ferait plaisir d’y jeter un coup d’oeil. Dès lors il est convenu qu’elle
viendrait me montrer quelques oeuvres de son frère d’ici quelques
semaines.
Quelques
jours plus tard je reçois un appel téléphonique de la dame me demandant
« au lieu que j’aille à la galerie pouvez-vous venir à la maison ce
soir, nous sommes tout près à Kirkland, ce serait plus facile de vous
montrer les oeuvres? » En bon prince et un peu pour l’amitié qui
existait entre mon père et son mari j’ai accepté de me déplacer et c’est
là, lors de cette soirée, dans leur maison, qu’est née cette histoire
d’amour entre moi et ce grand peintre Andreï M. Zadorozny.
En haut |
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Scène de parc
datée Oct. 1947, 24"x18"
.jpg)
November Showers
datée 8-XI-56, 24"x18"

Montréal, datée August 28, 1973, 20"x16"

Fleurs chez
Rolland
September 7-80, 28"x22"
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La découverte d'un artiste
(2e partie)
Alors me
voici rendu à Kirkland dans la maison de la soeur de Zadorozny. Déjà, en
entrant dans cette résidence, il y règne une atmosphère intimiste malgré
le grand hall qui nous accueille. L’imposant escalier qui mène à l’étage
nous laisse voir de nombreuses oeuvres d’art. Parmi celles-ci il y a une
petite sculpture en bois représentant une femme nue qui fait très années
cinquante. Ce sera la première oeuvre de Zadorozny qui captera mon
attention.
Puis commence
la visite de la maison où il y a dans chaque pièce des oeuvres de
différents artistes. Elles ont en commun que presque tous les artistes
qui les ont produites ont côtoyé Zadorozny à un moment donné dans leur
carrière. Que ce soit Harold Beament ou Léo Ayotte ils ont, avec
Zadorozny, partagé les mêmes cimaises, peint ensemble ou eu des
conversations passionnées sur leur raison de vivre, l’ART. Plus ma
visite avance et plus les aquarelles du frère de madame retiennent mon
attention. Elle avait raison, son frère était un grand artiste.
Rapidement on me fait visiter le rez-de-chaussée et je commence à avoir
hâte d’en voir plus. Ce qui ne tarda pas.
Moi qui
s’attendais à si peu, me voilà tout excité à l’idée de voir quelques
aquarelles ! Devant moi des porte-documents remplis d’oeuvres. La dame
de la maison m’en ouvre rapidement quelques-uns. Elle est pleine de
bonnes intentions mais elle ne me laisse pas le temps de bien regarder
chacune des oeuvres qui se présentent à moi. Je suis émerveillé par tant
de talent. Les tableaux que je contemple datent des années 50 et 60 et
portent cette force des années d’après guerre. Le dessin est très
dynamique et franc. Les couleurs et les tons sont forts et précis. Je
dois ralentir mon hôte qui voudrait que je voie le plus de tableaux
possible pour me convaincre du talent énorme de son frère. « Madame,
tant de beauté ne peut être appréciée qu’à petites doses. Il faut
prendre son temps. Vous n’avez plus à me convaincre du talent de cet
homme, pour moi, c’est le coup de foudre. »
Je quitterai
cette maison quelques heures plus tard éblouis. J’ai été mis en contact
avec une partie de l’oeuvre d’un grand peintre. J’ai en poche les
coordonnées de sa veuve avec l’espoir d’avoir le privilège de présenter
quelques oeuvres de son mari dans ma galerie.
Quelle belle
soirée !
En haut |

Sculpture
datée VIII,56,2
27,5" x 2,5" x 2,5"

Autoportrait
datée March 7, 1964
22"x30"

Autoportrait
circa 1990, 18"x24"
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La découverte
de la collection
(3e partie)
Suite à cette
soirée de découvertes faites chez la soeur de Zadorozny, j’ai maintenant
en main les informations me conduisant à la veuve de l’artiste. Donc
premier contact avec madame Picard. Premières politesses échangées je
lui mentionne que j’aimerais bien présenter quelques oeuvres de son
conjoint dans ma galerie. Elle me dit qu’elle passerait à la galerie et
que nous en discuterions. Une fois le rendez-vous fixé j’ai bien hâte de
rencontrer celle qui a partagé la vie du peintre durant près de 30 ans.
Madame Picard
avait rencontré Andreï sur le Mont-Royal, au début des années 70. Cet
endroit était certes le préféré de l’artiste quand il peignait en
extérieur à Montréal. C’était au printemps ou au début de l’été. Andreï
n’était pas très loquace lorsqu’il peignait. Par contre le retrait et la
discrétion de cette jeune femme qui le regardait peindre avec beaucoup
d’admiration et qui était éblouie devant cette maîtrise du médium, et
comme les femmes ont toujours eu un attrait particulier pour notre
homme, ils échangèrent quelques phrases. Andreï compris que Suzanne
aimait beaucoup la peinture, elle-même peignait; et comme il aimait
parler de sa passion de peintre les deux se lièrent d’une amitié qui se
transforma en amour.
Une rencontre
est prévue avec madame Picard à la galerie afin que nous fassions plus
amples connaissances. À son arrivée je lui fais faire le tour du
propriétaire et j’ai bien hâte de savoir si elle accepte de présenter
quelques Zadorozny chez moi; elle accepte. Nous discutons de la carrière
d’Andreï et madame Picard me raconte un peu de cette vie d’artiste
qu’elle a vécue avec lui. Avant de partir elle me dit avoir promis à
Andreï qu’il retrouverait la place d’artiste important qu’il a occupé
durant plusieurs années. Enfin, elle m’invite à aller choisir moi-même,
à sa maison de Saint-Adolphe-d’Howard, les oeuvres que j’aimerais
présenter. Offre que je ne peux refuser.
Suite à cette
première visite dans l’antre de l’artiste, j’ai présenté quelques
oeuvres et l’accueil des gens pour son travail nous a amené à présenter
une première exposition solo en octobre 2002. C’était le début d’un
nouveau départ pour Zadorozny.
En haut
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Scène de ville
datée June 3,66, 11"x8"

Vue de Montréal
datée June 14, 76, 20"x16" |
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Les débuts d'une grande carrière
(4e partie)
Après ma
visite dans l’atelier de Zadorozny dans les Laurentides j’ai réalisé
l’ampleur et l’importance que cet artiste avait joué non seulement dans
la communauté montréalaise mais un peu partout au Canada et aux
États-Unis.
Vous ai-je
dit d’où nous est arrivé cet artiste? Non, et bien voilà. Andreï naquit
en Ukraine en 1921. Il étudia l’art dès sa plus tendre enfance, à
Varsovie puis à Prague. Il émigra au Canada avec sa famille en 1937.
Comme plusieurs familles à cette époque, ils fuyaient la guerre. De
famille aisée en Ukraine ils durent se résigner à une vie plus modeste
une fois arrivés au Canada, mais Andreï ne pouvait se passer de l’art.
Déjà, dans l’Ouest canadien, il enseignait le théâtre et il dessinait
continuellement.
Voici comment
il décrivit le Canada après leur installation à Montréal : « Le Canada
est un grand arbre. De l’Ontario vers l’Ouest, ce sont les feuilles et
les branches. Elles sont belles, prospères, mais superficielles. Ici,
dans la province de Québec, on trouve des racines. On y sent la
tradition, la continuité, la solidité qui promet de durer. »
Dans cet état
d’esprit, on comprend sa motivation et son désir de s’accomplir. Cette
citation est parue dans l’édition du 8 octobre 1950 de l’hebdomadaire
Le Petit Journal, sous la plume d’Henri Poulin.
Un volumineux
cahier de presse confirme la popularité et l’implication qu’eut
Zadorozny dans le monde des arts visuels. Les premiers articles écrits
sur lui remontent à la fin des années 40. Fait important, on parle de
lui autant dans les journaux français qu’anglais.
Il expose
tantôt dans l’Est de la ville tantôt dans l’Ouest. La langue et le
milieu social ne semblent pas influencer ses rapports avec les gens. Il
se lie d’amitié avec Léo Ayotte, Robert Roussil et Mousseau avec qui il
exposera à la librairie Tranquille. Il est toujours demeuré très près
d’Arthur Lismer qui, en 1949, signa son diplôme des Beaux-Arts. Ils
peignèrent et exposèrent ensembles, entre autres au Art Gallery of
Hamilton, puis au Winnipeg Art Gallery et aussi au Vancouver Museum. Il
garda des liens étroits avec plusieurs artistes de la communauté
anglophone. Les Gordon Pfeifer, Harold Beament ou John Walsh sont
souvent associés à Zadorozny lors d’expositions.
On le
retrouve photographié en train de faire l’accrochage d’un tableau au
Musée des Beaux-arts de Montréal à la fin des années cinquante où il
travailla comme homme à tout faire. Dans un article du journal
Le Haut Parleur, édition du 22 octobre 1950, sous la signature de
Charles Doyon qui écrit en conclusion à une deuxième exposition de
Zadorozny à la Librairie Tranquille : « Somme toute, Zadorozny nous en
fait voir de toutes les couleurs, et après un dernier coup d’œil le
moins que l’on puisse dire de ce jeune peintre c’est qu’il a de l’étoffe
et qu’il est en voie de se créer un style. »
Dans le
Photo Journal du 3 novembre 1956, le journaliste Jean Hamelin écrit
« Zadorozny est celui qui retient le plus longtemps le regard. Il
commence à saisir lui aussi la sauvagerie grandiose de nos bois et de
nos rochers, surtout l’automne, saison où notre paysage a son caractère
le plus proprement canadien. »
Dans les
années 40 et 50, on répertorie près de vingt expositions ou
démonstrations et les articles de journaux furent de plus en plus
nombreux.
En haut
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Andreï
Zadorozny
photographié devant ses oeuvres, années 50

Andreï
Zadorozny
photographié avec sa première femme Hélène, années 50

Andreï
Zadorozny
portrait, années 50

Andreï
Zadorozny
fait l'accrochage au Musée des beaux-arts de Montréal, années 50
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