Galerie Pierre Séguin
Une galerie de passion, au service de l'art
A gallery where passion and art meet

Tel. : 514.453.9530  /  1.877.453.9530  -   galerie@pseguin.com

61, Grand Boulevard, L'Île-Perrot, Québec, J7V 4W3 Canada


Andreï M. Zadorozny

Sa vie

 

Un être extraordinaire, un grand philosophe...

Pierre Séguin fait la narration de la vie de l'artiste et de son oeuvre immense.

La période 1950 à 1960  (5e partie)

Zadorozny reçoit son diplôme du School of Art & Design de l’Art Association of Montreal le 9 Avril 1949. À cette époque, le président de l’Art Association est M. Tranchemontagne et le principal de l’école, nul autre que Arthur Lismer, figure emblématique du Groupe des Sept. Tous les deux ont apposé leur signature sur le diplôme de Zadorozny. De là part une époque de grande production.

Premièrement notre artiste délaisse peu à peu la peinture à l’huile sur toile pour s’adonner plutôt à la technique mixte sur papier. Déjà à cette époque ce n’était pas banal. En effet, il fallait un certain culot pour délaisser un médium « sûr » pour un autre moins recherché. Zadorozny ne cherchait pas à plaire mais il voulait plutôt produire une œuvre qui lui ressemblait, une oeuvre spontanée, fougueuse, vraie. Pour lui, la peinture à l’huile demandait une manipulation trop exigeante. Les  temps de séchage étaient trop longs. Les toiles ou les supports rigides étaient plus difficiles à manipuler. Les coûts du matériel beaucoup plus élevés. À cette époque, Zadorozny n’avait aucun revenu provenant d’un emploi rémunéré. Bien sûr on le voit au Musée faire l’accrochage d’œuvres. Il prête main forte au conservateur et aux commissaires d’expositions, mais son nom ne figure pas sur la liste de paie de l’institution. Ce travail, il le fait bénévolement, par passion, par amour de l’art et pour être près des œuvres des grands maîtres.

À cette époque, le Musée a reçu plusieurs dons et legs de familles importantes de Montréal. Entre autres,  en 1955,  un legs de Horsley et Annie Townsend permet au  Musée de disposer d’un fonds d’acquisition substantiel qu’il peut utiliser pour l’achat d’œuvres canadiennes ou étrangères. D’autres fonds proviennent des nouveaux magnats de l’industrie, tels Joseph-Arthur Simard, qui offre au Musée, en 1959, une remarquable collection de 3 000 boîtes d’encens japonaises ayant appartenues à l’homme d’état français Georges Clémenceau. Zadorozny veut être aux premières loges quand arrivent les nouvelles œuvres au Musée. Il veut être le premier à voir ces trésors qui ne font que stimuler sa fibre artistique. Toutes ces œuvres sont pour lui une source d’inspiration inestimable.

Mais à l’instar de ses contemporains, il ne peut pas vivre que d’amour et d’eau fraîche. Ses œuvres aussi grandes et belles soient-elles ne suffisent pas à subvenir aux besoins d’une jeune famille. C’est alors qu’un industriel assidu aux différentes activités mondaines du  Musée où notre artiste travaille bénévolement remarque cet homme élégant et fier et lui offre un travail de peintre en bâtiment à son usine. Je suis convaincu que ce n’est pas de gaieté de cœur que Zadorozny accepte ce boulot. Par contre, cela lui procurera un revenu hebdomadaire.

Mais ce travail n’empêche pas l’artiste d’être artiste. À tous les jours, Zadorozny dessine des croquis. Ses nombreux calepins et cahiers, qu’il conservera toute sa vie, nous le prouvent. Une fois les croquis faits, il pourra peindre une ou deux œuvres complètes par jour. C’est pour cette raison qu’il avait quitté l’huile. Il veut rapidement voir l’œuvre finale. C’est un être impatient et impulsif. Sa fougue, on la ressent dans les œuvres de cette époque. Comme Marc-Aurèle Fortin, il utilise des médiums qui sont facilement transportables : encre, pastels, fusain, aquarelle. Il peut produire sur presque n’importe quel support, presque n’importe où. Est-ce aussi Fortin qui influence sa technique de l’aquarelle sur le papier sec et cette touche impressionniste? On ne le saura jamais.

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Nadia asleep
datée Nov 26, 58, 24"x18"

 


 Mount Royal Park Montreal June 28, 1959

 


Sans titre, datée 1-25-50

 


Hôtel de ville de Montréal August 4, 1968

Ma rencontre avec un grand artiste... quel coup de coeur !


Mon frère était un grand artiste
(1re partie)

Un jour, il y a de cela sept ou huit ans, se présentent à la galerie, qui était alors située sur le boulevard Perrot, donc se présentent un avocat et sa dame avec quelques tableaux pour en demander une évaluation.

Au fil de la conversation nous réalisons que mon père qui était registraire au greffe des faillites à Montréal connaissait bien cet avocat et son associé et qu’ils avaient des amis en commun. Comme le monde est petit.

Alors continuant nos affaires sa dame me dit « mon frère était un grand artiste, il vient tout juste de mourir, son nom est Andreï Zadorozny, le connaissez vous ? » Je vous avoue que dans ce métier plusieurs personnes connaissent un grand artiste qui est soit un proche, un frère, une soeur, un oncle, une tante et j’en passe. Poliment je réponds que non je ne le connais pas. Aussitôt elle me demande si j’accepterais de regarder quelques peintures ? « Vous savez mon frère était un grand aquarelliste ».

Je dois admettre ici qu’à cette époque mon attirance pour ce médium était plutôt mitigé, mais comme je ne refuse jamais de voir un dossier d’artiste, (le prochain Picasso se trouve quelque part)  je lui mentionne que cela me ferait plaisir d’y jeter un coup d’oeil. Dès lors il est convenu qu’elle viendrait me montrer quelques oeuvres de son frère d’ici quelques semaines.

Quelques jours plus tard je reçois un appel téléphonique de la dame  me demandant « au lieu que j’aille à la galerie pouvez-vous venir à la maison ce soir, nous sommes tout près à Kirkland, ce serait plus facile de vous montrer les oeuvres? » En bon prince et un peu pour l’amitié qui existait entre mon père et son mari j’ai accepté de me déplacer et c’est là, lors de cette soirée, dans leur maison, qu’est née cette histoire d’amour entre moi et ce grand peintre Andreï M. Zadorozny.

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Scène de parc
datée Oct. 1947, 24"x18"


November Showers
datée 8-XI-56, 24"x18"


Montréal, datée August 28, 1973, 20"x16"


Fleurs chez Rolland
September 7-80, 28"x22"
 

 

La découverte d'un artiste (2e partie)

 

Alors me voici rendu à Kirkland dans la maison de la soeur de Zadorozny. Déjà, en entrant dans cette résidence, il y règne une atmosphère intimiste malgré le grand hall qui nous accueille. L’imposant escalier qui mène à l’étage nous laisse voir de nombreuses oeuvres d’art. Parmi celles-ci il y a une petite sculpture en bois représentant une femme nue qui fait très années cinquante. Ce sera la première oeuvre de Zadorozny qui captera mon attention.

Puis commence la visite de la maison où il y a dans chaque pièce des oeuvres de différents artistes. Elles ont en commun que presque tous les artistes qui les ont produites ont côtoyé Zadorozny à un moment donné dans leur carrière. Que ce soit Harold Beament ou Léo Ayotte ils ont, avec Zadorozny, partagé les mêmes cimaises, peint ensemble ou eu des conversations passionnées sur leur raison de vivre, l’ART. Plus ma visite avance et plus les aquarelles du frère de madame retiennent mon attention. Elle avait raison, son frère était un grand artiste. Rapidement on me fait visiter le rez-de-chaussée et je commence à avoir hâte d’en voir plus. Ce qui ne tarda pas.

Moi qui s’attendais à si peu, me voilà tout excité à l’idée de voir quelques aquarelles ! Devant moi des porte-documents remplis d’oeuvres. La dame de la maison m’en ouvre rapidement quelques-uns. Elle est pleine de bonnes intentions mais elle ne me laisse pas le temps de bien regarder chacune des oeuvres qui se présentent à moi. Je suis émerveillé par tant de talent. Les tableaux que je contemple datent des années 50 et 60 et portent cette force des années d’après guerre. Le dessin est très dynamique et franc. Les couleurs et les tons sont forts et précis.  Je dois ralentir mon hôte qui voudrait que je voie le plus de tableaux possible pour me convaincre du talent énorme de son frère. « Madame, tant de beauté ne peut être appréciée qu’à petites doses. Il faut prendre son temps. Vous n’avez plus à me convaincre du talent de cet homme, pour moi, c’est le coup de foudre. »

Je quitterai cette maison quelques heures plus tard éblouis. J’ai  été mis en contact avec une partie de l’oeuvre d’un grand peintre. J’ai en poche les coordonnées de sa veuve avec l’espoir d’avoir le privilège de présenter quelques oeuvres de son mari dans ma galerie. 

Quelle belle soirée !

 

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Sculpture
datée VIII,56,2
27,5" x 2,5" x 2,5"


Autoportrait
datée March 7, 1964
22"x30"


Autoportrait
circa 1990, 18"x24"
 

La découverte de la collection (3e partie)

Suite à cette soirée de découvertes faites chez la soeur de Zadorozny, j’ai maintenant en main les informations me conduisant à la veuve de l’artiste. Donc premier contact avec madame Picard. Premières politesses échangées je lui mentionne que j’aimerais bien présenter quelques oeuvres de son conjoint dans ma galerie. Elle me dit qu’elle passerait à la galerie et que nous en discuterions. Une fois le rendez-vous fixé j’ai bien hâte de rencontrer celle qui a partagé la vie du peintre durant près de 30 ans.  

Madame Picard avait rencontré Andreï sur le Mont-Royal, au début des années 70. Cet endroit était certes le préféré de l’artiste quand il peignait en extérieur à Montréal. C’était au printemps ou au début de l’été. Andreï n’était pas très loquace lorsqu’il peignait. Par contre le retrait et la discrétion de cette jeune femme qui le regardait peindre avec beaucoup d’admiration et qui était éblouie devant cette maîtrise du médium, et comme les femmes ont toujours eu un attrait particulier pour notre homme, ils échangèrent quelques phrases. Andreï compris que Suzanne aimait beaucoup la peinture, elle-même peignait; et comme il aimait parler de sa passion de peintre les deux se lièrent d’une amitié qui se transforma en amour.

Une rencontre est prévue avec madame Picard à la galerie afin que nous fassions plus amples connaissances. À son arrivée je lui fais faire le tour du propriétaire et j’ai bien hâte de savoir si elle accepte de présenter quelques Zadorozny chez moi; elle accepte. Nous discutons de la carrière d’Andreï et madame Picard me raconte un peu de cette vie d’artiste qu’elle a vécue avec lui. Avant de partir elle me dit avoir promis à Andreï qu’il retrouverait la place d’artiste important qu’il a occupé durant plusieurs années. Enfin, elle m’invite à aller choisir moi-même, à sa maison de Saint-Adolphe-d’Howard, les oeuvres que j’aimerais présenter. Offre que je ne peux refuser.

Suite à cette première visite dans l’antre de l’artiste, j’ai présenté quelques oeuvres et l’accueil des gens pour son travail nous a amené à présenter une première exposition solo en octobre 2002. C’était le début d’un nouveau départ pour Zadorozny.

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Scène de ville
datée June 3,66, 11"x8"

 

 

 


Vue de Montréal
datée June 14, 76, 20"x16"

Les débuts d'une grande carrière (4e partie)

Après ma visite dans l’atelier de Zadorozny dans les Laurentides j’ai réalisé l’ampleur et l’importance que cet artiste avait joué non seulement dans la communauté montréalaise mais un peu partout au Canada et aux États-Unis.

Vous ai-je dit d’où nous est arrivé cet artiste? Non, et bien voilà. Andreï naquit en Ukraine en 1921. Il étudia l’art dès sa plus tendre enfance, à Varsovie puis à Prague. Il émigra au Canada avec sa famille en 1937. Comme plusieurs familles à cette époque, ils fuyaient la guerre. De famille aisée en Ukraine ils durent se résigner à une vie plus modeste une fois arrivés au Canada, mais Andreï ne pouvait se passer de l’art. Déjà, dans l’Ouest canadien, il enseignait le théâtre et il dessinait continuellement.

Voici comment il décrivit le Canada après leur installation à Montréal : « Le Canada est un grand arbre. De l’Ontario vers l’Ouest, ce sont les feuilles et les branches. Elles sont belles, prospères, mais superficielles. Ici, dans la province de Québec, on trouve des racines. On y sent la tradition, la continuité, la solidité qui promet de durer. »

Dans cet état d’esprit, on comprend sa motivation et son désir de s’accomplir. Cette citation est parue dans l’édition du 8 octobre 1950 de l’hebdomadaire Le Petit Journal, sous la plume d’Henri Poulin.

Un volumineux cahier de presse confirme la popularité et l’implication qu’eut Zadorozny dans le monde des arts visuels. Les premiers articles écrits sur lui remontent à la fin des années 40. Fait important, on parle de lui autant dans les journaux français qu’anglais.

Il expose tantôt dans l’Est de la ville tantôt dans l’Ouest. La langue et le milieu social ne semblent pas influencer ses rapports avec les gens. Il se lie d’amitié avec Léo Ayotte, Robert Roussil et Mousseau  avec qui il exposera à la librairie Tranquille. Il est toujours demeuré très près d’Arthur Lismer qui, en 1949, signa son diplôme des Beaux-Arts. Ils peignèrent et exposèrent ensembles, entre autres au Art Gallery of Hamilton, puis au Winnipeg Art Gallery et aussi au Vancouver Museum. Il garda des liens étroits avec plusieurs artistes de la communauté anglophone. Les Gordon Pfeifer, Harold Beament ou John Walsh sont souvent associés à Zadorozny lors d’expositions.

On le retrouve photographié en train de faire l’accrochage d’un tableau au Musée des Beaux-arts de Montréal à la fin des années cinquante où il travailla comme homme à tout faire. Dans un article du journal Le Haut Parleur, édition du 22 octobre 1950, sous la signature de Charles Doyon qui écrit en conclusion à une deuxième exposition de Zadorozny à la Librairie Tranquille : « Somme toute, Zadorozny nous en fait voir de toutes les couleurs, et après un dernier coup d’œil le moins que l’on puisse dire de ce jeune peintre c’est qu’il a de l’étoffe et qu’il est en voie de se créer un style. »

Dans le Photo Journal du 3 novembre 1956, le journaliste Jean Hamelin écrit « Zadorozny est celui qui retient le plus longtemps le regard. Il commence à saisir lui aussi la sauvagerie grandiose de nos bois et de nos rochers, surtout l’automne, saison où notre paysage a son caractère le plus proprement canadien. »

Dans les années 40  et 50, on répertorie près de vingt expositions ou démonstrations et les articles de journaux furent de plus en plus nombreux.

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Andreï Zadorozny
photographié devant ses oeuvres, années 50


Andreï Zadorozny
photographié avec sa première femme Hélène, années 50


Andreï Zadorozny
portrait, années 50


Andreï Zadorozny
fait l'accrochage au Musée des beaux-arts de Montréal, années 50


 

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