Galerie Pierre Séguin
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ROUGE CABARET

Le monde effroyable et beau d'Otto Dix

Hier encore nous avons eu une discussion sur l’exposition d’Otto Dix que nous sommes allés voir au Musée des beaux-arts de Montréal pendant nos vacances. Je relatais notre visite à des amis et je demandais pourquoi quelqu’un voulait acquérir des œuvres aussi effrayantes, laides dans leur contenu.

La première salle présentait les eaux fortes que ce peintre allemand, né en 1891, avait réalisé à partir de dessins effectués tout au long de la Première Guerre mondiale alors qu’il était dans les tranchées. Pierre a surnommé cette salle, le salon mortuaire tant l’atmosphère y était morbide.

Dix a enlaidi l’horreur de la guerre avec des corps qui laissent les soldats dans des poses horribles. Il semblerait que cela a été pour lui un exutoire à l’atrocité à laquelle les soldats étaient tous confrontés. Moi qui regardais, je n’ai rien trouvé de beau; ni dans le sujet, ni dans la technique.

Deuxième salle : le bordel… les suites de la guerre… la survivance… la prostitution. Là encore, Dix nous présente la misère humaine dans toute sa laideur. Raillerie de la vie. On voudrait y voir de la caricature; mais non, c’est pire. Corps déformés, laideur amplifiée. Dix dépeint la vérité crue, sans la cacher.

De la visite de ces deux salles est venue la question : Qui veut acquérir de telles toiles? La réponse qu’on m’a faite : Parce que ça fait époque; parce que c’est un tournant dans le style jusqu’alors présenté; parce que c’est à contre-courant. Va pour l’explication, mais Pierre et moi ne serions jamais capables de vivre avec ce genre d’œuvres.

Troisième salle : les portraits. Je me suis réconciliée avec l’artiste. Ma salle préférée : portraits d’un écrivain, d’avocats, d’un  poète, d’un acteur. Des gens qu’on sent solide. On ne perçoit pas vraiment qu’ils prennent la pose; c’est différent, l’avocat assis est légèrement tassé sur sa chaise, le mur derrière lui est comme défoncé et s’ouvre sur la ville. Le poète est peint en plein pied, avec son manteau non pas déposé sur une chaise mais plutôt jeté là. Et naturellement le portrait de l’avocat Hugo Simons qui fait partie de la collection permanente du Musée des beaux-arts de Montréal et qui a été acquis de haute lutte après avoir fait les manchettes de l’époque. Cette œuvre et les portraits de l’acteur et de l’autre avocat ont été mes toiles préférées. Toujours des couleurs sombres. Une composition plus conforme à ce qu’on a l’habitude de voir, avec des perspectives pas dérangeantes pour l’œil. L’artiste faisait alors beaucoup de commandes. C’est l’époque où Dix a été rejeté, banni, persécuté; plusieurs de ses œuvres de guerre ont alors été détruites.

La dernière salle présente ses paysages et son dernier pan de vie. Obligé de quitter la ville bien qu’il la préféra, il s’est installé à la campagne et a peint des paysages… un autre monde, mais toujours des œuvres denses, une surcharge d’éléments, peu d’espace pour respirer… mais plus de quiétude malgré tout, la campagne l’aura apprivoisé.

Voilà matière à discussion. Quand on me demande pourquoi nous allons voir des expositions qui ne nous attirent pas nécessairement au premier abord, je réponds pour connaître, découvrir, savoir.

 le 15 janvier 2011

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